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Vendredi 28 décembre 2001

J'ai oublie de signaler lors des episodes precedents que j'avais achete un chapeau a Tarabuco, pres de Sucre. Dans le departement de Chuquisaca (c'est-a-dire celui dont la capitale est Sucre), les chapeaux des autochtones n'ont pas du tout une coupe de type amerindien, ce sont des chapeaux ressemblant a des chapeaux bien de chez nous, genre Borsalino en moins pretentieux.

Mon chapeau est un beau chapeau, bien etudie pour les tropiques, c'est-a-dire que son rebord (son aile, disent les Hispaniques) est tres large et fait beaucoup d'ombre sur mon cou de taureau et mon nez aquilin. J'ai choisi ce chapeau avec le plus grand soin -- en le reniflant soigneusement, car il y a quelques annees j'en avais achete un qui presentait l'amusante particularite de sentir la bouse de vache des qu'il pleuvait dessus. Celui-la m'a paru totalement inoffensif quand je l'ai achete. Par ailleurs, c'etait le seul a ma taille (je suis beaucoup moins chevelu que les autochtones, ce qui fait qu'aux dires des chapeliers boliviens, j'ai une petite tete).

En fait, bien que j'aie pris grand soin d'acheter un chapeau autochtone, avec lui c'est fou ce que je peux avoir l'air du gringo que je suis. Plus precisement, j'ai tout a fait l'air d'un cretin qui n'a pas su choisir entre le modele John Wayne et le modele Indiana Jones.

Je ne passe pas inapercu dans la rue, surtout quand il pleut comme aujourd'hui et qu'en plus j'enfile mon long K-Way noir. Vous vous souvenez de l'affiche d'Il etait une fois dans l'Ouest, ou les tueurs portaient des grands chapeaux, des cache-poussiere et des Winchester? Eh bien, si vous enlevez la Winchester, vous avez mon portrait crache.

Donc, disais-je, je ne passe pas inapercu. Les mendiants me disent "yanaparikuway tatituy" (aide-moi petit pere) quand ils sont adultes, "regalame" (fais-moi un cadeau) quand ce sont des enfants, les changeuses me disent "dolares va cambiar?" (allez-vous convertir des devises federales americaines?), et les mauvais plaisants "oye mister", "oye cowboy" ou "oye cojudo" (salut ducon), selon leur humeur.

Mais moi, je m'en fous, je suis a l'abri des coups de soleil.

Surtout qu'en ce moment, il pleut.

Pour me mettre a l'abri, je suis entre dans l'un des innombrables cyber-cafes de la ville. Mais je ne sais pas si je resterai dans celui-ci, parce que, franchement, ca schlingue. Ca pue les pieds, pour etre precis.

Je regarde autour de moi pour essayer d'identifier le gougnafier qui s'est dechausse. Je ne vois rien. Et pourtant, ca schlingue. Les Visiteurs diraient meme: ca puire.

Et mes yeux tombent sur mon beau chapeau de Tarabuco, typique et autochtone. Il est mouille.

C'est egal, je serais curieux de savoir comment les chapeliers s'y prennent a Tarabuco. Comme des pieds, apparemment.



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